Chaque mois, elles saignent. Mais ce n’est pas la douleur physique qui les fait le plus souffrir. C’est le silence, le manque, la peur. Voici l’histoire trop banale de la précarité menstruelle, cette injustice oubliée.
Dans un quartier populaire de Douala, Amina, une femme d’un certain âge, reste assise sur son lit, enroulée dans un pagne. Elle a raté l’école aujourd’hui. Pas parce qu’elle est malade. Non. Mais parce que ses règles sont arrivées, et qu’il n’y avait plus de serviettes hygiéniques à la maison.

Sa mère, vendeuse de beignets, fait déjà des miracles pour nourrir ses quatre enfants. Un paquet de serviettes coûte 600 francs. Trop cher pour une famille où chaque franc compte. Alors Amina a dû improviser : un vieux morceau de tissu, serré dans son slip. Mais elle ne se sentait pas à l’aise. Elle avait peur de se tâcher. Peur des moqueries. Elle est restée à la maison.
Ce que vit Amina, des milliers d’adolescentes et de femmes le vivent aussi. C’est ce qu’on appelle la précarité menstruelle.
Un mot compliqué pour une réalité brutale : ne pas avoir accès aux protections hygiéniques, à des toilettes propres, à de l’eau, ou simplement à l’information. C’est manquer l’école. Se sentir sale. Être stigmatisée. Se cacher.
Dans les campagnes comme dans les villes, des jeunes filles abandonnent leur scolarité à cause de leurs règles. Certaines se mettent en danger avec des méthodes de fortune : journaux, bouts de tissu, voire du sable dans des cas extrêmes. D’autres sont victimes de violences ou d’exploitation, simplement pour s’acheter un paquet de serviettes.
Et pourtant… les règles ne sont ni une maladie, ni une honte. Elles sont naturelles. Universelles. Mais encore entourées de silence et de tabous.
Heureusement, des voix s’élèvent. Des associations distribuent des kits menstruels. Des écoles sensibilisent les jeunes. Des femmes parlent, écrivent, témoignent.
Mais ce n’est pas suffisant.
Il faut des politiques publiques. Il faut que les protections hygiéniques soient accessibles, voire gratuites, dans les écoles, les centres de santé, les prisons. Il faut briser ce tabou dans les foyers, dans les médias, dans les églises.
Parce qu’avoir ses règles ne devrait jamais être une punition.
Parce que les règles ne doivent pas rimer avec sacrifice, isolement ou danger.
Parce qu’il est temps de dire haut et fort que la précarité menstruelle est une urgence sanitaire et sociale.